Renaissance des Appellations

Commentaires sur “Des pesticides dans les vins”, Que Choisir (octobre 2013)

 Il y a 30 ans le danger était que l’enjeu du bio et de la biodynamie pour un retour au plein sens des AOC soit incompris.  Aujourd’hui le risque est qu’il soit vidé de sa substance et l’article de Que Choisir en faisant indirectement, et d’une manière surprenante, la promotion d’une marque qui se veut très commerciale et qui est  beaucoup trop laxiste, y contribue. Arriver à zéro pesticide dans un vin n’est pas difficile, cela nécessite juste un peu de volonté et de conscience. Si l’on n’en a pas assez, il est tentant de créer pour le consommateur une image flatteuse mais finalement fausse. Et si l’on va dans ce sens  pourquoi ne pas   tolérer,  un peu d’eau dans le vin, un peu de coupage  avec des vins d’importation un peu moins de vin dans les bouteilles de 75cl etc.
Remercions Dominique Techer pour les réponses  précises  qu’il apporte à “Que Choisir”.

Nicolas Joly.

Opération Excell contre le vin bio :

Que Choisir à la manœuvre.

quechoisiroct2013La revue Que Choisir publie en ce mois d’octobre une enquête sur les résidus de pesticides dans les vins français. Elle remet au grand jour le secret de famille de la viticulture.

Un constat accablant pour la viticulture conventionnelle.

Malgré les millions d’euros dépensés et les centaines de promesses du plan Ecophyto, rien n’a changé, hormis les discours des innombrables colloques socialo-mondains sur l’agroécologie. En effet, l’utilisation des pesticides a encore augmenté de 2,7% entre 2010 et 2012, là où on aurait dû se diriger vers une réduction de 50% en 2018 ! On trouve même une molécule interdite en France dans le célèbre Mouton Cadet, un des plus gros bénéficiaires des primes PAC en Gironde. Les relations du monde du vin de Bordeaux avec le pouvoir étant ce qu’elles sont, on n’est même pas sûr qu’une enquête sera ouverte.

La maison Ginestet, autre grand de Bordeaux et bénéficiaire de primes PAC apporte aussi sa pierre à ce tableau désastreux pour la réputation de Bordeaux. A croire qu’on subventionne les moins vertueux !

Comment M. Cesar Compadre, journaliste de révérence au quotidien Sud Ouest arrive-t-il encore à trouver là, matière à dire que « la prise de conscience est réelle » ? Peut-être l’ingestion de Mouton Cadet au carbendazime, et les troubles associés ?

 

Une présentation de l’enquête à charge pour les vins bios.

Les données issues de l’enquête montrent une très faible contamination des vins bios. Mais Que Choisir a décidé de biaiser la présentation des résultats. 10 vins bios sur 13 sont à zéro microgramme de pesticide (contre 2 vins conventionnels sur 79 ) mais l’article ne félicite pas les vins bios, rendus coupables de leur environnement pollué .

Un tableau de résultats trop favorables à la bio n’aurait pas politiquement convenu à Que Choisir, ni à Pascal Chatonnet ( auteur des analyses : Sud Ouest du 25 septembre) qui cherche à vendre son package « analyses + conseils » sur les pesticides. Alors, on a recours à divers artifices :

  • Une région à forte viticulture bio comme la Loire n’a aucun domaine bio analysé mais on présente un vin de terra vitis à zéro pesticides sur le millésime 2010 peu pluvieux.
  • Ailleurs, la bio est sous représentée comme en Côtes du rhône
  • En Languedoc-Roussillon, même sous-représentation et en plus « omission » du label « AB » de Mas Jullien
  • En Provence, on omet de préciser que la cuvée du Domaine Dupuy de Lôme, analysée comme indemne, est en conversion bio.
  • A Bordeaux, le Château Le Puy n’a pas de label « AB » de même que les « Ifs de Jonqueyres ». Large Malartic, vin bio de négoce, est opportunément analysé.

Sans ces petits artifices, le tableau eut été plus limpide avec l’alignement de vins bios à zéro pesticide, suivis des vins pollués. Mais c’eût été ruiner l’entreprise de promotion du label Excell de M.Pascal Chatonnet.

Cela aurait mis en avant le fait que se convertir à la viticulture biologique était la démarche de bon sens, certes moins rentable pour le laboratoire Excell, mais bien plus susceptible de réduire à zéro les résidus, et accessoirement, de préserver ce qui reste de notre environnement. On n’ose même plus dire « la nature »…

L’aspect « conflit d’intérêt » de cette enquête est d’ailleurs frappant. A aucun moment, le laboratoire de Pascal Chatonnet n’est cité comme ayant procédé aux analyses, mais la grille d’appréciation et les couleurs correspondent aux critères du label Excell. Sans doute un hasard.

 

La finesse de l’analyse pour brouiller les cartes.

L’autre technique pour rabaisser la bio c’est la finesse de l’analyse de l’excellent laboratoire Excell. En recherchant les traces, même non quantifiables de pesticides, on cherche à créer une suspicion généralisée avec des phrases telles que « les vins bios ne sont pas irréprochables », lourdes de sens. Tous les vins sont contaminés, donc au diable les vins bios ! Notre journaliste de Sud Ouest ami de la bio ne manque pas de répéter que «quatre bouteilles (bio) sur dix contiennent voir le site des teneurs non négligeables de phtalimide », dérivé du folpel. Cette affirmation est porteuse d’un sous-entendu de tricherie des bios pour ceux qui ne savent pas que le folpel est le produit le plus utilisé en viticulture conventionnelle. Au point qu’il vient en tête de tous les pesticides dosés dans l’air de la Gironde durant toute la saison viticole ! La viticulture bio ne se fait pas dans une bulle et ce journaliste devrait plutôt dénoncer un environnement rendu pathogène.

Il faut donc réaffirmer l’essentiel : c’est la viticulture bio qui produit les vins exempts de résidus, à zéro microgramme malgré la contamination généralisée de l’environnement.

 

Que Choisir en plein publi-reportage.

Que Choisir conclut son article par un véritable spot publicitaire pour le label Excell, peu compatible avec son rôle de défense des consommateurs. Pourquoi ne pas clairement conseiller les vins de la viticulture biologique au lieu de faire un publi-reportage sur un label qui tolère 5 pesticides et 50 microgrammes de pesticides par litre ? Quel est l’argumentaire rationnel d’une telle absurdité ?

Pourquoi ne pas procéder comme pour un test classique d’huile ou d’électro-ménager ?

Pourquoi revenir sur la confiance avérée pour la bio alors qu’elle est confirmée par ses propres mesures ?

 

L’opération Excell/ Que Choisir : vers une LMR rassurante à moindres frais.

Tout ceci serait inexplicable sans la vision de l’opération sous-jacente. Une partie du business du vin a bien compris qu’elle ne va pas pouvoir tenir sur la ligne officielle de déni du problème des pesticides. Elle sait que « la filière » ne va pas pouvoir maintenir le statut dérogatoire du vin et refuser toute limite de résidus. Certes, pour l’essentiel, la presse viticole, à l’image de la rubrique vin de Sud Ouest, maintient l’omerta au profit de ses maîtres : les institutions officielles, dont elle recopie les compte-rendus comme s’ils s’agissaient d’articles rédigés librement. Mais le monde du vin libre compte des amateurs éclairés, des clubs œnologiques, des blogueurs , des membres de réseaux sociaux, qui constituent une opinion « malheureusement » non contrôlable.

Alors, certains ont bien compris qu’il est bien plus simple de faire comme pour beaucoup d’autres produits : définir une limite de résidu assez haute pour que la plupart des produits soient conformes, pour peu qu’une attention minimale soit portée à cette question. La faiblesse des moyens de la répression des fraudes pour assurer les contrôles, finirait d’assurer la viabilité de ce petit système.

Il s’agit juste de rassurer les amateurs de vins à moindres frais, pas de faire des vins purs. Dehors les vins bios ! La clientèle est priée de se contenter de 5 pesticides et 50 microgrammes de pesticides maxi comme garantie, soit jusqu’à 500 fois la potabilité de l’eau. C’est la proposition subliminale de Que Choisir, association de défense des consommateurs !

 

Pour conclure :

Sans plus rien attendre d’une filière qui n’a rien su faire sur cette question, les bios doivent offrir au plus vite une garantie-pesticide aux amateurs de vins, au lieu d’observer le silence.

 

Dominique Techer vigneron-artisan à Pomerol

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